La Plume de Pingo

[Critique] Violet Evergarden, le film

Affiche Violet

Mercredi dernier, j’ai eu la chance d’assister à l’une des deux uniques séances bruxelloises du film Violet Evergarden, projeté dans les cinémas Kinépolis mais n’ayant pas fait l’objet d’une distribution belge, comme une grande partie des films d’animation japonaise sortant en France, à de rares exceptions. Ayant adoré l’anime, inutile de dire que je n’ai pas tergiversé avant de réserver ma place !

Cette critique comprend des spoilers, aussi je conseille de la lire après avoir vu le film, que je recommande chaudement aux fans de la série. Si celui-ci, qui est en fait une conclusion de l’anime, comprend suffisamment d’éléments pour être suivi sans l’avoir vue, il serait tout de même bête de gâcher son plaisir en ne regardant pas cette magnifique série avant, de surcroît disponible sur Netflix !

En effet, si ce n’est pas forcément comme ça que le film a pu être présenté, il s’agit bel et bien d’une suite et fin de l’anime, ce qu’on comprend assez vite. Le film s’ouvre au moins 60 ans après les évènements de la série, avec la découverte par une jeune fille des lettres écrites par Violet à sa grand-mère. Cette dernière en recevait chaque année une à son anniversaire de la part de sa mère, morte quand elle était encore enfant (histoire poignante dont se rappellent bien les spectateurs de la série). La jeune fille décide alors de partir sur les traces de Violet, dont on nous dit assez rapidement qu’elle a cessé de travailler à Leiden alors qu’elle était au faîte de son succès.

C’est après cette longue introduction, dont on finissait par se demander si elle n’était pas l’intrigue principale du film, que l’on nous plonge enfin à l’époque de Violet, crépusculaire avec l’arrivée du télégraphe et du téléphone, appelés à rendre obsolète le métier de poupée de souvenirs automatique.

Un métier en voie de disparition…

D’emblée, la première déception en voyant les images de l’époque “contemporaine”, c’est qu’elle est assez loin de l’originalité, de la fantaisie visuelle à laquelle la série nous avait habitués. Les personnages masculins en costard-cravate, le stylo-bille très réaliste… Tout cela est je trouve un peu trop inspiré de notre monde et manque du style propre à l’univers de la série. Contrairement à ce que l’affiche pose comme atmosphère, même la partie à l’époque de Violet est plus sage, avec des costumes moins baroques, plus sobres, même si l’on retrouve bien entendu la magnifique robe de Violet qui la caractérise, les bottes à talon de Benedict ou la tresse de Dietrfied Bougainvillea.

Le costume de la prêtresse, l’unique fantaisie vestimentaire du film

La première partie du film est assez longue et donne l’impression de ne pas poser clairement les enjeux, de ne pas savoir dans quelle direction elle va, ni quel est le personnage central. Ce qui n’empêche pas néanmoins de se laisser happer par les décors sublimes avec toujours le même sens du détail, de très beaux cadrages qui profitent du format large du cinéma, et de moments purement contemplatifs, comme ce plan fixe silencieux de Violet devant sa machine à écrire de plusieurs dizaines de secondes où l’on se laisse pourtant prendre à la gorge par l’émotion. L’émotion, d’ailleurs, si elle semble moins soulignée, plus platonique dans la première partie de l’histoire, ne manque finalement pas de tirer des larmes au spectateur avec la scène poignante de la rencontre entre Violet et le jeune enfant malade !

Le personnage sans conteste le plus poignant du film

L’élément déclencheur annoncé dans le pitch n’intervient que très tardivement, à savoir la découverte d’une lettre semblant provenir du Major Gilbert. On arrive alors véritablement dans le dénouement de l’intrigue principale de la série, à savoir les retrouvailles entre une Violet qui a réussi, après un long travail sur elle-même qui courait sur toute la série, à faire ressurgir en partie ses émotions refoulées, et Gilbert Bougainvillea, disparu volontaire rongé par la culpabilité.

5 personnages pour autant de trames narratives…

Cette survenue très tardive de l’intrigue principale laisse un sentiment mitigé sur le film. Au fond, on a l’impression d’avoir vu une saison complète de l’anime collée en un film de 2h20, tant les intrigues secondaires prennent le pas sur la trame principale : le fil narratif englobant à l’époque contemporaine est très peu exploité si ce n’est en tant qu’épilogue ; le personnages d’Iris, traité comme un personnage parallèle, semble se découvrir un potentiel développement, mais complètement noyé dans le reste ; la trame de l’enfant malade occupe le cœur de l’histoire et se conclut à la fin, mais finalement la véritable conclusion du film et de l’anime, c’est celle de Violet et Gilbert. A trop vouloir en faire, le film se disperse, et il aurait été bien plus judicieux de faire un spin-off sur Iris et l’enfant malade, séparé du film conclusif sur Violet et Gilbert. Cette dernière histoire aurait d’ailleurs beaucoup gagné à développer les flash-backs de l’époque de la guerre sous forme de véritable récit, qui semblent être dans le film plutôt présents pour servir de rappel ou exposer des élements connu de la relation qui les unit aux nouveaux spectateurs. En se concentrant sur l’évolution psychologique de Gilbert durant la guerre, non abordée dans la série qui se s’intéresse à Violet, on aurait ressenti d’autant plus d’empathie pour l’ex-major qui refuse de la revoir par culpabilité.

Un personnage majeur malheureusement trop peu développé.

On en attendait peut-être un peu plus de ce film, qui outre son intrigue dispersée, manque peut-être de ce petit plus d’ambition qu’on retrouve dans les adaptations destinés au cinéma. Cependant, la comparaison est très exigeante tant l’anime avait mis la barre haut en terme de qualité d’animation et de réalisation. Finalement, le plaisir de voir Violet Evergarden sur grand écran est bien présent, et le film offre une magnifique conclusion au plus bel anime japonais qu’il m’a été donné de voir.

Ma note : 8/10

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